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Le programme de réadaptation de PTH
(prothèse totale de hanche)

Dr Philippe Rossier, Silvia Hefti et Isabelle Neimry
Etes-vous
concerné ?
Quelle que soit leur étiologie,
les phénomènes arthrosiques aboutissent toujours à une destruction de la matrice cartilagineuse de nos articulations. Pour ce qui
est de la hanche, la prévalence de la coxarthrose atteint, selon les critères cliniques ou radiologiques, respectivement 0.7% et 3% dans les deux sexes, à l’âge de 55 ans. Et bien sûr ce pourcentage ne fait qu’augmenter considérablement avec l’âge.
Bien que l’arthrose de la hanche, ou coxarthrose,
ne soit, en fréquence, que la troisième localisation de la maladie aux membres inférieurs, après le pied et le genou, son retentissement socio-économique la place au premier rang des arthroses d’articulations périphériques. Les traitements conservateurs proposés dans la coxarthrose ont trois objectifs principaux : diminuer la douleur, minimiser
la gêne fonctionnelle et limiter la dégradation du cartilage. Mais au fur et à mesure que la maladie va progresser, les patients vont remarquer des douleurs à la marche avec limitation progressive du périmètre, et une gêne pour se relever d’un siège. Il y aura aussi la raideur matinale accompagnée par le classique dérouillage qui peut durer parfois plusieurs heures, et finalement la coxarthrose
devient invalidante lorsqu’elle entrave les activités de la vie quotidienne et même le repos. C’est généralement à ce stade que la plupart des patients finissent par consulter un chirurgien et
que l’indication opératoire pour une prothèse totale de la hanche (PTH) est posée.
Un
peu d’histoire
Saviez-vous que l’on
attribue la première prothèse de hanche à Thomas Gluck ? C’était dans les années 1880, à Berlin, et le matériel utilisé était en ivoire. L’histoire ne nous apprend pas quel a été le devenir de ces interventions audacieuses, mais comme ce noble matériel a été rapidement oublié, tout laisse à penser que les complications devaient être sérieuses. Néanmoins, de formidables perspectives médico-chirurgicales étaient nées et quelques années plus tard, un autre chirurgien émérite, Jules Péan (qui a donné son nom aux pinces à champ), à Paris, a utilisé des prothèses en platine. Il fut du reste le premier à développer le concept de prothèse cimentée. Durant les décennies suivantes, le concept n’a cessé d’être perfectionné pour aboutir finalement aux méthodes en usage aujourd’hui, directement inspirées des pionniers du XIXe siècle.
A l’HSF,
la mise en place d’une prothèse totale de la hanche est une intervention largement pratiquée puisque, bon an mal an, entre 100 et 140 patients environ sont concernés. Un grand nombre d’entre eux sont âgés, présentant souvent le problème de polymorbidité. Avec la double perspective du vieillissement de la population et de son accroissement,
ces chiffres sont appelés à augmenter régulièrement.
Depuis peu de temps, pour optimaliser la prise en charge de ces patients,
un groupe de travail issu du département
d’orthopédie, du département de médecines spécialisées et de réadaptation ainsi que du département des soins s’est constitué et a réalisé un programme de réadaptation de PTH.

L’ensemble
de ce travail vise avant tout à améliorer la prise en charge des patients, mais durant sa réalisation, nous avons tous remarqué l’importance et la spécificité des différents professionnels qui interviennent auprès du patient. Nous avons ainsi remarqué que chaque médecin, thérapeute, soignant, ou autre intervenant formait un maillon essentiel d’une chaîne qui n’a de sens que si elle est dûment complétée.
A partir du moment où la
décision d’opérer un patient a été prise, celui-ci aura successivement besoin d’être informé sur le type d’intervention, sur la possibilité de pratiquer des prédonations de sang, sur le déroulement de l’hospitalisation, sur la nécessité de pratiquer une réadaptation en milieu hospitalier et sur les conséquences à moyen terme dans ses activités quotidiennes.

Au total, pas moins de
16 corps de métiers interviendront durant l’hospitalisation en se relayant auprès du patient en apportant leur savoir. A ces 16 corps de métiers s’ajoutent encore toutes les personnes qui œuvrent dans l’ombre pour assurer la logistique nécessaire.
Scénario
en 5 volets
Le programme à proprement
parler comprend cinq volets, dont certains sont donnés intégralement au patient afin qu’il puisse prendre connaissance du déroulement de son hospitalisation, alors que d’autres sont essentiellement destinés à l’usage interne.
Le premier volet s’intitule « Aperçu
de l’hospitalisation ». Cette partie s’adresse directement au patient qui va subir l’intervention chirurgicale. Elle est remise au cabinet du chirurgien et renseigne
sur l’opération, sur la consultation d’anesthésie avec la possibilité des prédonations de sang, sur le déroulement de l’hospitalisation à Riaz en mettant l’accent sur les soins pratiqués, la gestion de la douleur et sur le début des séances de physiothérapie. Ce document explique en détail les différentes étapes de l’hospitalisation en soins aigus et couvre, en principe, la première semaine postopératoire.
La 2e partie du programme
s’appelle « Evaluation avant la mise en place d’une prothèse totale de la hanche ». Il s’agit d’un recueil de données requises par les physiothérapeutes de Riaz avant l’intervention chirurgicale. En fait, ce document est conçu comme un petit formulaire pour avoir des informations sur le mode de vie, la
mobilité, les capacités dans certaines activités, les éventuelles barrières architecturales du domicile et sur le projet du patient.
La 3e partie, le « Protocole
de rééducation des physiothérapeutes et des ergothérapeutes » récapitule en 3 petits chapitres, la prise en charge des thérapeutes lors des différentes phases postopératoires. La 1re phase concerne la période du jour 1 à 5 après l’intervention (hospitalisation à Riaz), la 2e phase s’étend du 6e au 20e jour (hospitalisation au CSR) et la 3e phase comprend la période ambulatoire depuis la fin du séjour hospitalier jusqu’au contrôle à
6 semaines chez l’opérateur.
La 4e partie de notre
programme est un document de 15 pages, remis au patient alors qu’il se trouve encore à Riaz. « Vivre avec une prothèse de la hanche » est un document aisément lisible, conçu sur un mode ludique, qui donnera toutes les recommandations à observer ainsi que tout geste à éviter après une PTH. Ce document existe en deux versions, selon le côté opéré (gauche ou droit). Le lecteur y trouvera donc, avec illustrations à l’appui, l’ensemble de ce qu’on doit savoir pour pratiquer les différentes activités quotidiennes, domestiques et communautaires après l’intervention.
Enfin, la 5e partie s’intitule « Bilan
d’indépendance pour le retour à domicile ». Ce document ne concerne que les patients qui sont hospitalisés au CSR (Châtel-St-Denis ou Billens), car par définition, ces patients présentent une ou plusieurs complications qui rendent leur situation délicate. Ce dernier document établit en quelque sorte la photographie des capacités du patient à l’admission au CSR et à la fin de la réadaptation hospitalière. Son but est de mieux définir les besoins et les ressources à organiser pour que le plus grand nombre de nos patients puissent accomplir leur
projet, qui est régulièrement celui d’un retour à domicile.
Pour
le bien du patient
Nous voilà parvenus à la
fin de ce descriptif du programme de réadaptation de PTH. En plus de renseigner les patients sur le déroulement de l’hospitalisation, en plus d’améliorer leur prise en charge en disposant au mieux des prestations offertes par
les 3 sites de notre hôpital, ce travail en commun aura permis à chacun d’entre nous de mieux définir et de mieux connaître son propre rôle. Une telle procédure permet toujours de se perfectionner et parfois de se remettre en question.
Enfin et pour conclure, ce travail a permis à tous
les collaborateurs – que nous tenons à remercier chaleureusement– à mieux se connaître et donc à mieux se respecter, et aussi certainement à mieux réaliser qu’un hôpital sur trois sites est une chance unique de suivre les patients depuis la
prédonation de sang jusqu’au retour dans leur foyer. Peu d’établissements hospitaliers peuvent se vanter d’un tel suivi au sein même de leur institution.
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